Pour pallier le décrochage économique de l’UE, des représentants du parti « Les Centristes » proposent la création d’un produit d’épargne européen. Il reposerait sur une fiscalité claire et des rendements adaptés au niveau de risque des projets financés.
Il y a quelques semaines, nous élisions nos représentants au Parlement européen . Néanmoins, la dissolution de l’Assemblée nationale et l’instabilité politique qu’elle a générée ont totalement détourné l’attention de nos compatriotes des enjeux européens. Or, l’Europe ne peut être reléguée au second rang : son avenir est crucial pour notre prospérité et notre souveraineté.
Le plan de compétitivité présenté récemment par Mario Draghi est un signal d’alarme ! Il correspond à ce que nous, Les Centristes, défendons depuis des années : une souveraineté économique plus forte à l’échelle continentale. Face aux défis économiques mondiaux, l’Europe doit agir de manière autonome, stratégique et ambitieuse.
Le constat est alarmant : en vingt ans, l’écart de PIB entre l’Europe et les Etats-Unis a doublé , atteignant 30 % en 2023. Selon la Banque mondiale, le revenu disponible par habitant a augmenté deux fois plus vite outre-Atlantique qu’en Europe depuis 2000. Ce décrochage ne peut plus être ignoré.
10.000 milliards d’euros dormants
Pour redresser la situation, Mario Draghi propose une stratégie industrielle nouvelle , fondée sur une application plus intégrée du marché unique, notamment pour alléger la réglementation excessive qui étouffe l’esprit d’entreprise et l’innovation. Pour cela, il prône des investissements massifs , notamment dans dix secteurs stratégiques, et propose de mobiliser l’épargne des citoyens européens pour y parvenir.
Nous proposons donc, sans attendre l’union des marchés des capitaux , la création d’un produit d’épargne commun à l’échelle européenne . Ce produit, géré par la Banque Européenne d’Investissement, pourrait suivre l’exemple français du logement social en orientant cette épargne vers la réindustrialisation et l’innovation. Actuellement, plus de 10.000 milliards d’euros sont dormants sur les comptes bancaires européens : un capital énorme qui pourrait être utilisé pour dynamiser notre économie et financer des projets stratégiques dans des domaines clés comme l’énergie ou les technologies de rupture.
Le succès de ce produit d’épargne repose sur la mise en place d’une fiscalité claire, commune ou propre à chaque pays, avec des rendements adaptés au niveau de risque des projets financés.
Le succès de ce produit d’épargne repose sur la mise en place d’une fiscalité claire, commune ou propre à chaque pays, avec des rendements adaptés au niveau de risque des projets financés. Des investissements à faible risque, comme les projets d’énergie, pourraient offrir des rendements sécurisés, tandis que des projets plus innovants, tels que l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique, proposeraient des rendements plus élevés en raison de leur risque accru.
En complément, nous proposons de rediriger une partie des fonds non utilisés du Plan de relance post-Covid pour financer ces investissements. Sur les 724 milliards d’euros levés sur les marchés à cette occasion, seul un tiers environ a été utilisé. Plutôt que d’opter pour un nouvel emprunt européen commun, qui diviserait les Etats membres, ces crédits inutilisés constituent une marge de manoeuvre réelle pour réindustrialiser et innover en Europe.
Impliquer les citoyens
Le rapport de Mario Draghi soulève des questions essentielles et mérite un véritable débat politique entre les 27 Etats membres. L’avenir de la compétitivité européenne en dépend. Les divergences actuelles doivent être surmontées pour engager l’Europe sur une voie commune, audacieuse et innovante.
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Selon la Banque mondiale, le revenu disponible par habitant a augmenté deux fois plus vite aux Etats-Unis qu’en Europe depuis 2000.
Nos propositions sont réalistes et applicables rapidement, sans alourdir la dette publique déjà élevée au sein des pays membres de l’Union. De plus, ce produit d’épargne européen permettrait d’impliquer directement les citoyens dans ce grand projet collectif pour renforcer la souveraineté économique du continent.
Profondément attachés à la construction européenne, c’est ce que nous, Les Centristes, membres associés du PPE (le premier parti politique européen), appelons de nos voeux. Nous espérons que la France saura faire de cette priorité européenne un enjeu clé de sa politique gouvernementale, sous l’impulsion de notre Premier ministre, fortement engagé en faveur du projet européen.
Hervé Morin est président de la Région Normandie et président du parti « Les Centristes ».
Pierre Maurin est entrepreneur, secrétaire national à l’économie et l’emploi du parti « Les Centristes » et élu local.
Rudy Niewiadomski est conseiller municipal délégué de Caen et secrétaire national à l’Europe du parti « Les Centristes ».

